Régamey et Guimet, ancêtres des touristes au Japon ?
Lettre à son frère, 6 septembre 1876


Félix Regamey



Ayant participé à une conférence sur les jardins japonais il y a peu, je délivre à présent mon ressenti.[1]
Pour beaucoup le jardin est un lieu de promenade agencé de végétaux. Mais quand l’occident voit ceci, l’orient voit cela. Et cette loi abstraite de toutes règles mathématiques s’applique parfaitement aux jardins. Le Japon a emprunté ses premiers jardins à son voisin
[1] Il ne s’agit pas d’établir une synthèse, mais d’engager une réflexion.
Comment s’acclimater à un pays oriental aussi extraordinaire que le Japon ? Tout ce qui caractérise notre petite Europe ne nous facilite pas vraiment la tâche. Quoique renfermée sur elle-même, on pourrait la considérer comme une île. Même monnaie, mêmes coutumes, mêmes religions, même physionomie, langues disparates certes mais l’Anglais unificateur apparaît comme le ciment linguistique au-delà des frontières. Les frontières justement, y’en aura-t-il toujours ? L’espace Schengen se veut rassurant mais ne rêvons pas, le nationalisme ne s’éteindra pas aussi facilement. A propos de nationalisme, le Japon fait-il aussi fort que l’Europe dans ce domaine ? Sûrement pas autant que
Résumons : la langue, on peut l’apprendre ou étaler le ciment. Le climat, c’est plus ou moins le même, les gens, très courtois, la politique, moins nocive que ses pays voisins, la religion, on garde la sienne, les coutumes, on s’en accommode, la criminalité, y’en a presque pas, alors que reste-il ? Et bien pas grand-chose. La distance peut-être. Les mentalités aussi, très différentes des nôtres. Ah et puis, la pauvreté, le suicide, la misère un peu comme partout. Finalement rien qui ne nous empêche de s’épanouir autant que dans un autre pays. Alors pourquoi ne pas tenter l’expérience ?
